Le marketing du singe et le marketing de l’éléphant



Le marketing de l’éléphant, c’est le marketing de la force. Celui des grandes entreprises, dont les succès sont le résultat d’investissements publicitaires à tout casser, avec des budgets supérieurs au PIB de pays entiers. Celui de ceux qui investissent avant de penser. De ceux qui n’ont souvent rien compris aux besoins de leurs clients. Et qui ne savent même plus ce qu’ils ont envie d’acheter.

Le marketing du singe, c’est le marketing astucieux. Celui qui pense « stratégie » avant de penser « budget publicitaire ». Celui qui transforme des idées en revenus. Celui qui organise un business autour des clients et de leurs besoins. Celui qui sait que l’intelligence de David est venue à bout de la puissance de Goliath.

Le marketing de l’éléphant, c’est celui de Microsoft. Qui développe des produits en pensant d’abord à leur aspect technique avant de réfléchir à la façon dont il peut résoudre les problèmes des clients de façon concrète et spécifique. En vendant des logiciels usines-à-gaz, dans lesquels les fonctionnalités passent avant les besoins et le confort des utilisateurs. En calquant la durée de vie de ses produits à la durée de vie d’une technologie, au lieu de la calquer au rythme de ses clients.

Le marketing du singe, c’est celui d’Apple. Qui transforme littéralement ses clients en « abonnés », en renouvelant ses produits à intervalles réduits. Qui vend non seulement des objets, mais du contenu pour les remplir, de la musique aux applications. Qui utilise autant la rumeur que la publicité. Qui se démarque de ses concurrents à un point tel que ceux qui dominaient le marché de la téléphonie, comme Nokia, se sont transformés en suiveurs, et copient ses produits. Que des grands noms comme Sony ou Samsung ne font plus que de s’inspirer de ses réussites et de ses designs.

Le marketing de l’éléphant, c’est celui de la FNAC, qui vend de tout à tous.

Le marketing du singe, c’est celui d’Amazon, qui vend des manuels sur la photo à ceux qui ont acheté le dernier appareil Canon.

Le marketing de l’éléphant, c’est celui des webmarketeurs en costume, qui ont tout appris à l’école, et qui cherchent à convaincre des investisseurs à les aider à monter une start-up qui ne sera jamais rentable, pour la revendre dans 3 ans à un naïf. Et qui créent des produits pour suivre une tendance, plutôt que pour répondre aux besoins de leurs clients.

Le marketing du singe, c’est celui des webmarketeurs indépendants qui montent un empire dans leur salon, en pyjama, en cherchant à obtenir la confiance de leurs clients plutôt que le respect des professionnels d’un secteur d’activité. Qui optimisent leurs processus d’achat en se mettant à la place de leurs clients. Dans leurs pompes. Ils n’ont rien appris à l’école. Ils ont tout appris de leurs clients.

Le marketing de l’éléphant, c’est celui de la PME dans laquelle le département marketing est complètement séparé des autres. Dans lequel personne n’a aucune notion des besoins des clients. Dans lequel on « markète un produit » une fois après l’avoir créé, au lieu de le concevoir spécifiquement dès l’origine pour qu’il apporte des solutions concrètes et rapides aux problèmes des clients.

Le marketing du singe, c’est celui de la PME qui optimise 100% des points de contacts avec ses clients, et qui considère une simple facture, un simple mail de relance, une simple façon de répondre au téléphone, un simple panneau d’horaires d’ouverture comme un support marketing. Et qui double ses ventes de cette façon-là. Sans dépenser un euro de plus.

Le marketing de l’éléphant, c’est celui du management par le stress. Celui qui qui consiste à vouloir tirer le maximum possible de ses employés, comme on essaye de tirer un maximum de jus en écrasant une orange. Celui qui consiste à sous-payer pour économiser.

Le marketing du singe, c’est celui qui consiste à voir ses employés comme des partenaires. Et comme ses meilleurs vendeurs, même s’ils sont caissiers, nettoyeurs de toilettes ou videurs.
Et à ce titre, à les rémunérer comme on se rémunérait soi-même si on effectuait les tâches qu’on leur confie. A les impliquer et à les intéresser au succès collectif de l’entreprise. A leur faire comprendre que ce sont les clients qui payent leur salaire, et à leur apprendre les bases du marketing et de l’attitude à adopter pour rendre les clients heureux. Même s’ils sont caissiers, nettoyeurs de toilettes ou videurs. Surtout s’ils le sont. Parce que ce sont ces gens-là qui sont en première ligne, ce sont ces gens-là qui sont en contact quotidien avec les clients. Et pas le directeur marketing, enfermé dans son bureau.

Le marketing de l’éléphant, c’est celui qu’on apprend à l’école. Le marketing du singe, c’est celui qu’on apprend sur le terrain.

Le marketing de l’éléphant, c’est celui qui consiste à faire son métier. Le marketing du singe, c’est celui qui consiste à faire tout ce qui est possible pour satisfaire les besoins de ses clients.

Jean Riviere.


A lire aussi :

Partagez cet article :